Test du Nikon AF-S 120-300mm F2,8E FL ED SR VR

Un zoom de longue focale, lumineux, à ouverture constante, stabilisé et doté des dernières avancées optiques, voila qui devrait attiser la curiosité du photographe de nature ! C’est ce que propose Nikon avec cet AF-S 120-300mm F2,8E FL ED SR VR.

Sorti en 2020, cet objectif est pensé avant tout pour la photo de sport. Son succès à - apparement - été mitigé, du fait de son prix (tarif officiel : 10 999€…) et peut être aussi de sa monture F, celle des reflex de la marque, alors que Nikon avait lancé sa gamme d’hybride Z depuis 2 ans déjà.

Mais cela ne retire aucune des qualités de cet objectif, plus abordable aujourd'hui sur le marché de l’occasion, que nous allons voir en détails !

Nikon AF-S 120-300mm F2,8E FL ED SR VR


Caractéristiques

Stabilisation : oui, intégrée à l’objectif

Distance de mise au point min. : 2,0m

Poids : 3,25 Kg

Longueur / diamètre: 30,3cm / 12,8cm

Compatibilité : Monture Nikon F ( appareils sortis après 2007). Monture Nikon Z avec bague d’adaptation FTZ

Focales : de 120 à 300mm

Ouverture max : F2.8 à toutes les focales

Ouverture min : F22

Diaphragme : 9 lamelles arrondies, electromagnétique

Autofocus : oui, intégré à l’objectif


Prise en main

Comme vous l’aurez deviné en lisant ces caractéristiques, l’objectif est gros, lourd, long et pas vraiment discret. Le poids est plutôt bien reparti, le centre de gravité est situé vers le milieu de l’objectif ce qui est un progrès par rapports aux téléobjectifs précédents (série VR « G », 2007 - 2015) dont le poids était concentré à l’avant.

Monté sur un boitier pesant autour du kilogramme (D850, Z8, Z9), l’ensemble est bien équilibré, l’ensemble penchant très légèrement coté appareil photo.

C’est très important à l’usage car, en photo à main levée, le poids repose bien sur l’avant-bras gauche, calé le long du corps. Il n’y a pas d’efforts à faire pour empêcher l’objectif de plonger vers l’avant, ce qui est moins fatigant et favorise la stabilité.   

Il est équipé de deux bagues : celle du zoom à l’avant, large et ferme et celle de mise au point, au centre, plus fine mais tout aussi ferme et précise. Ces bagues sont mécaniques, elles font directement bouger les lentilles, sans assistance électronique.

La paume de la main placée sous le pied ou au milieu de l’objectif permet d’actionner la bague de zoom du bouts des doigts sans problèmes. Ce placement des bagues de zoom et de mise au point a été inauguré par le 70-200 FL F2.8 (lien vers l’article sur cet objectif), auparavant, elles été inversées.

A l’avant, 4 boutons programmables peuvent être assignés à une fonction.

A l’arrière, on retrouve plusieurs interrupteurs, classiques sur les téléobjectifs de la marque :

  • mise au point AF / Manuelle

  • limiteur de plage de mise au point : toute la plage ou 6 m - infini

  • stabilisation : OFF, normal ou sport

  • programmation des 4 boutons à l’avant de l’objectifs - trois options :

    • AF-L pour « lock » : stop la mise au point automatique

    • Memory recall : retourne à une distance de mise au point pré-enregistrée

    • AF-ON : déclenche la mise au point automatique

  • Son on / off : active ou désactive le son de confirmation de la fonction « mémorisation d’une distance de mise au point ».

Sur la droite de l’objectif, proche de la baïonnette, se trouve la touche « Memory Recall » qui permet de mémoriser cette distance. Elle reste en mémoire même lorsque l’objectif est déconnecté de l’appareil. En photo animalière, cette fonction peut-être utile pour retrouver la mise au point sur un perchoir où le sujet revient régulièrement par exemple.

Le collier de pied n’est pas amovible et tourne librement, il n’y a pas de « clic » tous les 90° et c’est dommage, cela peut être pratique dans la pénombre.

Le pied en lui même a un revêtement dans un genre de caoutchouc rendant la prise en main plus agréable. Il est assez espacé de l’objectif pour pouvoir passer une main avec un gant. Deux pas de vis sont présents : un 1/4-20 et un 3/8-16. Par contre, il n’est pas au standard Arca Swiss mais est amovible en retirant 4 vis, ce permet de le remplacer par un autre pied, à ce standard.

Enfin, le par-soleil pèse 225g et mesure 12cm de long. Il est essentiellement en carbone avec deux revêtements en plastique à chaque extrémités ce qui permet de le poser au sol sans l’abîmer. Une vis de serrage permet de le fixer à l’objectif. C’est simple, sûr et efficace, une fois vissé, il ne bouge pas. Attention à ne pas le perdre, il coute 439€ !

Utilisation de filtres : contrairement à son prédécesseur, le 300mm F2,8 VR II G, ce 120-300mm F2.8 n’est pas équipé d’un tiroir à filtres 52mm et cela est vraiment dommage car le diamètre de fixation d’un filtre à l’avant de l’objectif est de 112mm ! Dommage car ces filtres sont moins courants, beaucoup plus chers et très encombrants.

En observant la coupe optique, un groupe de lentille se trouve à l’arrière de l’objectif, proche de la baïonnette. Il n’y a donc pas de place pour loger un tiroir à filtre. Nikon a sans doutes fait ce choix pour placer plus de lentille à l’arrière et équilibrer l’objectif.

Enfin, cet objectif dispose de 12 joints d’étanchéité, placés à l’avant, l’arrière et aux niveaux des bagues et boutons. Nikon précise sur son site que l’objectif est étanche à la poussière et l’humidité sans pour autant indiquer une norme. Mon expérience est qu’il résiste sans problème à la pluie, la neige, le givre et la poussière mais je n’irai pas non plus tester ses limites en prenant une douche avec !

Diaphragme électromagnétique

Le 120-300 F2.8 E FL VR est équipé d’un diagramme à ouverture et fermeture électromagnétique, signalé par le sigle “E”. C’est aussi le cas des 28mm F1.4E, 105mm F1.4E, 70-200 F2.8E et 200-500 F5.6E (cliquez sur le nom des objectifs pour accéder aux tests) mais également du 24-70 F2.8 VR et des fixes 400 / 500 / 600 / 800mm.

Le diaphragme n’est plus déclenché via une commande mécanique mais électrique pour un fonctionnement plus précis, notamment aux rafales rapides.

Attention, ces objectifs “E” ne sont pas compatibles avec les appareils Nikon sorti avant 2007. Les premiers compatibles sont les Nikon D3100, D5000, D7000, D300, D700, D3 et leurs successeurs.

Autofocus

Utilisé avec les Nikon Z8 et Z9, l’autofocus est précis, très rapide et ne pompe pas, exactement ce que l’on est en droit d’attendre d’un objectif dédié à la photo d’action.

Testé en photo d’événementiel et de spectacle en basse lumière, il est très dur de le prendre en défaut, même en contre-jour. En photo nature, il est capable de suivre une libellule en vol lent (volant vers l’objectif en ligne droite à une distance d’environ 8 à 4m) pendant quelques secondes ou un lucane cerf-volant pendant une à deux secondes.

Cela peut paraitre court mais ce sont des sujets très petits et proches aux vols rapides et aux changements de trajectoires brusques et imprévisibles. La profondeur de champs est très courte, la lumière parfois difficile et les lentilles doivent d’avantage se déplacer pour passer de 8m à 2m que pour passer de l’infini à 50m. La performance est donc à saluer ! Pouvoir obtenir une à deux secondes de photos nettes est déjà un très gros progrès par rapport aux appareils d’il y a 10 ans.

Sur des sujets bien plus gros et moins vifs (bouquetin, chamois par exemple) l’autofocus fait parfaitement son travail.   

Stabilisation

Selon Nikon, la stabilisation optique présente dans cet objectif ( VR - vibrations reduction) permet de gagner 4 vitesses d’obturation. Donc si la vitesse minimum pour obtenir une photo nette avec un objectif de focale équivalente non stabilisé serait 1/ focale donc 1/300 sec, ce 120-300 devrait permettre de déclencher à environ 1/20 sec.

Dans la vraie vie cela dépend beaucoup du photographe (son expérience, son état physique, sa fatigue, la position stable ou non dans laquelle il se trouve….) et des conditions (vent fort, froid…). L’équilibre du matériel joue aussi un rôle : un boitier lourd permet d’équilibrer l’ensemble boitier-objectif, formant un ensemble plus stable dans les mains. Et cela ne concerne bien sur qu’un sujet parfaitement immobile.

Pour le test, j’ai pris une rafale de plus de 20 photos à chaque vitesse d’obturation et inscrit le pourcentage de photos nettes en face. Bilan : cette stabilisation est très efficace ! Pouvoir déclencher au 1/25 ou au 1/15 de seconde à 300mm est obtenir plusieurs photos nettes est un très gros avantage en basse lumière !

Qualités optiques

Netteté

Excellente à toutes les focales et toutes les ouvertures, à l’exception de F16 et F22 ou la diffraction vient naturellement diminuer la restitution des fins détails.

Il n’y a pas de baisse de qualité à 300mm, comparé aux focales plus courtes. L’ouverture F2.8 est 100 / 100 utilisable. La qualité augmente très légèrement à F4 puis reste identique à F5.6, F8 et F11.

Seule exception à cela  : la finesse de rendu des fins détails diminue légèrement à 2m / 2.2m. L’image n’est absolument pas mauvaise, elle est même très bonne. Mais par rapport à une photo prise à 5m, il y a une différence visible.

Aberration chromatique latérale :

Invisibles ou quasiment, même en cas de fort contraste, notamment en contre-jour face au soleil. En exemple, voici un groupe de sabots de Vénus et un groupe de petits insectes volant au début du printemps. Les deux sont en contre-jours et présentent un contraste important.

Dans la zone la plus contrastée, une fine frange violette est visible au bord du pétale du sabot de Vénus. Ailleurs, elle est invisible. Sur la photo des insectes, elle est aussi invisible. Pourtant, les ailes brillantes sur fond sombre sont aussi propices à l’apparition des franges colorées. L’aberration chromatique n’apparaît que dans les cas de contrastes extrêmes.

Les deux photos sont prises à F2.8 et la correction sous Lightroom est désactivée.

Aberration chromatique longitudinale : je n’ai jamais pu en voir sur mes photos.

Vignétage :

Il est présent est visible à F2.8 et F4 et disparaît presque à partir de F5.6. Comme l’aberration chromatique, il se corrige en un clic sous Lightroom. Sur les photos ci- dessous j’ai indiqué le pourcentage d’illuminations du centre et des coins extrêmes (moyenne entre les 4 coins). Précision : ces photos sont brutes, aucune correction n’a été appliquée à l’exception de la dernière.

Flous d’avant et arrière plan

Avec cette combinaison longues focales - ouverture F2.8, il est très facile d’obtenir des arrières et avants plans flous. A ouvertures et focales égales, obtenir un bel arrière-plan tient d’avantage à la distance sujet - arrière plan, à la lumière et aux éléments présents en fond (lignes, variétés de couleurs, masses de couleurs uniformes…) qu’aux qualités optiques de l’objectif. Le traitement (contraste, vibrance, clarté, correction du voile) peut aussi avoir un impact important sur ce rendu.

Equipé d’un diaphragme à 9 lamelles arrondies, les tâches lumineuses en arrière-plan sont bien rondes aux grandes ouvertures au centre et deviennent ovales sur les bord et dans les coins (effet “oeil de chat”).

Les lignes droites ne sont pas dédoublées, les transitions entres les différentes zones floues sont douces. Ce sujet étant très subjectif, je vous laisse vous faire votre propre appréciation avec les photos de cet article. En cliquant sur les vignettes vous verrez l’ouverture et la distance approximative de mise au point.

Flare :

Visible en cas de source de lumière ponctuelle et puissante dans le champs comme lors de ce lever de lune qui a provoqué ce halo violet - paresoleil monté. J’ai photographié dans des situations de contre-jours moins extrêmes et cela ne s’est jamais reproduit. Attention tout de même car ce genre d’aplat coloré est assez difficile à retirer face à un fond sombre.

Performance avec le TC-14E III

Avec son ouverture de F2.8 et son excellente performance optique, le 120-300mm se marie très très bien avec le multiplicateur X1.4, le transformant en un 168-420 F4.

L’autofocus est toujours aussi rapide, la détection et le suivit des sujets ne semble absolument pas ralenti. La netteté des photos à pleine ouverture (F4) est très très bonne et fermer d’un cran (F5.6) permet de retrouver l’excellence. À l’usage, je n’hésite pas une seconde à utiliser ce multiplicateur de focale, il est toujours dans mon sac.

Les photos et leurs recadrages à 100% ci-dessous sont prises à des sensibilités iso élevées mais la restitution des fins détails est bien là !

Utilisation en photo nature

En photo animalière, un 300mm sur capteur 24 x 36 n’est pas considéré comme un téléobjectif très puissant. Les petits passereaux resteront donc très petits dans le viseur. Par contre, pour de gros animaux comme les bouquetins ou les chamois dans les secteurs où ils ne sont pas farouches, cette focale est très adaptée. La flexibilité du zoom permet d’élargir le cadre au cas ou le sujet se rapproche (ce qui est souvent le cas avec les bouquetins !). Il permet également de prendre des photos d’ambiance, montrant le sujet dans son environnement, la flexibilité du zoom étant un très gros plus pour ce type de photo.

La distance de mise au point assez courte et le rapport de reproduction correct de X0.16 ou 1/6 permet de photographier de gros sujets avec une très faible profondeur de champs : fleurs, grandes libellules, papillons et lézards par exemples. Il ne remplacera pas un objectif macro mais permettra des photos d’ambiances de sujets farouches.

En photo de paysage, cette plage de focale permet d’aller chercher les détails : un arbre isolé, un sommet. L’ouverture F2.8 n’est pas utile ici mais les 300mm peuvent faire la différence comparé au classique 70-200.

Enfin, l’ouverture F2.8 permet de lui ajouter un convertisseur X1.4, le transformant en un 168-420 F4 encore très lumineux pour cette plage de focale.

Utilisation en astrophotographie

C’est le test de performance optique ultime pour un objectif. Nous voyons les étoiles comme des points lumineux et nous attendons qu’un objectif reproduise ces points sur la photo. Si les étoiles sont bien ponctuelles au centre mais ovales dans les coins, la différence saute aux yeux.

J’ai utilisé le 120-300mm F2.8E pour photographier le nuage de Rho Ophiuchi (avec le multiplicateur TC14E III) à 420mm F5.6 et la nébuleuse de l’Amérique du Nord à 300mm F2.8 avec des résultats intéressants (à venir) !

Avec le TC14E III, fermé à F5.6, le centre est très bon et les coins présentent une légère déformation des étoiles. L’aberration chromatique est absente. Cette photo est brute, les corrections optiques sont désactivées. Dans la mesure ou les coins extrêmes sont souvent supprimés au recadrage sur ce type de photo, je trouve le résultat très satisfaisant !

Conclusion

Le Nikon AF-S 120-300mm F2,8E FL ED SR VR est avant tout un objectif dédié à la photographie sportive mais il peut être utilisé en photo nature avec d’excellents résultats ! Sa plage de focale, du moyen au long téléobjectif et son ouverture, très lumineuse le rendent capable de produire des photos de grande qualité dans la plupart des situations rencontrées en photo nature : basse lumière, photos d’ambiances en plan large, photo rapprochée, paysages, action… Tant que la scène ne demande pas un super téléobjectif de 600mm ou un objectif macro, ce 120-300mm permettra de ramener une photo, avec en prime, un beau flou d’arrière plan.

Les inconvénients - le poids, l’encombrement et le prix - sont indéniables. Il se fera sentir dans le sac ainsi qu’au bout des bras et vous aurez quelques remarques des promeneurs.ses mais ce sera le cas avec n’importe quel téléobjectif lumineux.

Pour plus de légèreté (sur le dos et le compte bancaire) et de relative discrétion , il vaut mieux se tourner vers des zooms type 200-500 F5.6 (Lien vers l’article sur cet objectif) ou 180-600 F5-6.3, moins lumineux mais plus facilement transportables !

Ce 120-300 correspond très bien à une pratique généraliste de la photo nature, sans aucun compromis sur la qualité d’image !


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