Test du Zeiss Milvus 135mm F2 APO Sonnar

Dans le monde de la photo, Zeiss est synonyme d'excellence depuis plusieurs décennies : des optiques lumineuses, performante et à la qualité de construction irréprochable qui ont équipé les appareils d’Hasselblad, Contax et Leica. En 2006, Zeiss sort une série d’optiques à mise au point manuelle, du 15 au 135mm, en monture Canon EOS, Nikon F et Pentax K. En 2015, cette gamme est renouvelée et baptisée “Milvus”, du nom latin des oiseaux du genre Milan (milan, royal, milan noir…). Le 135mm APO F2 Sonnar fait parti de cette gamme.

Ce 135mm APO Sonnar est un objectif présenté comme excellent, comme toutes les optiques Zeiss et cela se ressent dès l’ouverture de la boite, une belle boite blanche (avec la formule optique imprimée dessus, s’il vous plait), l’objectif et le pare-soleil rangé dans deux compartiments en mousse bleue, séparés. L’emballage est très beau et fait son petit effet !

Construction et Prise en main

Première information : il s’agit d’un objectif à mise au point entièrement manuelle ! A chacun de décider si cela est compatible avec sa pratique photo.

L’objectfi est construit entièrement en métal à finition noir légèrement brillante. Il comporte 11 lentilles en 8 groupes et accueil des filtres au diamètre 77mm.

L’objectif est assez lourd (1.08 Kg) et parait très dense ! La sensation de tenir en main un bloc de métal et de verre est bien là.

Avec 13cm de long sur 9cm de diamètre et 17cm de long avec le pare-soleil déplié, il ne rentrera pas dans une poche mais dans la plupart des sacs photos.

Il y a deux bagues disponibles : la bague de mise au point et celle pour choisir l’ouverture du diaphragme.

La bague de mise au point est très grande, elle occupe environ 80% du corps de l’objectif. Tout en métal, elle est équipée d’une bande de caoutchou de 2,2cm de large pour faciliter l’accroche des doigts. Les distances en pieds et en mètres sont gravées. Au bord, on trouve également une échelle de profondeur de champs. Les distances gravées sont éxactes, l’infini se trouve sur le réglage “infini”.

Cette bague est parfaitement fluide, avec juste assez de résistance pour régler la mise au point au millimètre près. Sa course est longue, il faut 3/4 de tour pour passer de l’infini à la distance minimum de mise au point. Cela permet une très grande précision mais ne permet pas de passer rapidement d’un sujet proche à un sujet lointain ni de suivre un sujet en mouvement venant vers l’objectif.

J’ai aussi du mal à utiliser cette grande bague, très belle et lisse, avec des gants. La différence métal - caoutchouc n’est plus perceptible et il m’est arrivé plusieurs fois de devoir regarder l’objectif pour savoir où placer mes doigts. En revanche, sans gants, je n’ai aucun problème.

Il faut noter que la taille de l’objectif change en fonction de la mise au point, pour atteindre 20 cm (avec pare-soleil) à 0.8m. C’est assez peu courant aujourd’hui, même sur les objectif macro.

La bague de diaphragme est équipée aussi d’une petite bande en caoutchouc et d’un bouton de dévérouillage. L’ensemble est aussi très épuré et lisse. Sur un appareil nikon, je règle la bague sur F22, l’ouverture minimale et contrôle l’ouverture avec la molette avant de l’appareil. Elle commande un diaphragme à 9 lamelles.

Sur un appareil canon, cette bague n’existe pas, l’ouverture est contrôlable uniquement par le boitier. Petit bonus pour la monture nikon : un pas de vis permet de retirer le “clic” à chaque changement d’ouverture, pour obtenir une variation de profondeur de champs fluide, utile en video !

Au niveau de la monture, en métal, se trouve un joint d’étancheité (il y en a d’autre dans le corps de l’objectif) et la puce électronique qui permet à l’objectif et à l’appareil de communiquer.

Performances optique

Avec un prix de lancement de 2200€ pour un objectif sans autofocus ni stabilisation, Zeiss promettait l’excellence optique. Et j’ai trouvé cette promesse presque parfaitement tenue !

  • La netteté des photos

Commençons directement par la netteté des images, critère capital dans le choix d’un objectif ! Et le Zeiss 135mm F2 Apo ne déçoit pas ! Les image sont nettes à toutes les ouvertures, au centre et dans les coins. Fermer le diaphragme, surtout entre F2 et F2.8 permet de gagner en nettété et légèrement en contraste. A partir de F2.8 / 3.5, changer l’ouverture a essentiellement un effet sur la profondeur de champ. Pour illustrer cela, voici deux séries, une à courte distance et une autre à longue distance, accompagné de recadrage à 100%, prises sur trépied. Aucun profil de correction n’est appliqué.

Prise de vue à 2m

A cette distance, la profondeur de champs est très faible et demande une très grande précision de mise au point. Dès la pleine ouverture, au centre, tous les détails de la feuille sont visibles. Fermer à F2.8 permet de gagner en définition et en contraste. Fermer d’avantage permet de gagner en profondeur de champs.

Dans les coins, l’image à F2 est bonne, meilleure à F2.8 et atteint un très très bon niveau à partir de F4. En pratique, cette relative faiblesse à F2 compte peu car les coins seront quasiment toujours flous à cette distance et à cette ouverture.

Centre

Coin inférieur gauche


Prise de vue à plus de 50 mètres

À environ 100m, le résultat est identique aux photos prises à 2m. La netteté est toujours très bonne à pleine ouverture et s’améliore à F2.8 ou elle est à son maximum au centre. Dans les coins, le meilleur est atteint à F5.6. A F8, une légère baisse de netteté commence à apparaitre, causée par la diffraction. Le niveau reste très élevé à F11 et baisse à F16.

Centre

Coin inférieur gauche

Comparaison avec deux autres objectifs présents dans mon sac : le sigma 150mm F2.8 macro et le Nikkor 120-300 F2.8

Avec le sigma 150mm F2.8 macro

Le sigma 150mm F2,8 macro EX DG est un objectif de 2004, assez proche en focale et en ouverture. Il était le macro de 150mm sur le marché à sa sortie et était considéré comme très bon. Vous pouvez trouver mon article sur cet objectif ici.

  • À pleine ouverture, le 135mm Zeiss est meilleur que le 150mm Sigma, au centre et surtout dans les coins.

  • À F4, le 135mm Zeiss est toujours meilleur mais la performance du 150mm Sigma s’améliore. La différence entre les deux objectifs est très faible.

  • À F5,6, le 135mm Zeiss reste meilleur mais de très peu.

Le 150mm macro sigma est un très bon objectif que j’utilise en photo macro sans arrière-pensée et qui me donne de très bon résultat. Sur un capteur très défini, il gagne à être fermé d’un cran. Le zeiss 135mm permet de gagner ce petit surplus de résolution et de micro-contraste, particulièrement à pleine ouverture, utile sur un capteur très défini.

Centre - Crop 100%

Coin inférieur gauche - Crop 100%

Avec le Nikkor 120-300 F2.8

Le nikkor 120-300 F2,8 est le dernier objectif sorti par nikon pour ses appareils reflex en monture F, en 2020. C’est un zoom, destiné au marché professionnel, visant à remplacer un 70-200 et un 300mm F2.8. Il est réglé à 135mm pour la comparaison.

  • À pleine ouverture (F2), le 135mm Zeiss est moins performant que le 120-300 Nikon à F2.8, au centre et dans les coins. La différence est faible au centre et à plus prononcée dans les coins.

  • À F2.8, les deux objectifs sont équivalents. Le nikkor est peut être meilleur dans les coins mais la différence est très très faible.

  • À F4 et à F5,6, au centre et dans les coins le 135mm Zeiss est meilleur mais de très peu.

Centre - Crop 100%

Coin inférieur gauche - Crop 100%

J’ai également comparé ces deux objectifs à une distance de 100m et le résultat est identique : a F2, le Zeiss est légèrement en retrait du Nikkor( à F2.8), à F2.8 les deux sont équivalents et à partir de F4, le Zeiss est devant de très peu.

  • Rendu des flous d’arrière-plan

Ce petit téléobjectif lumineux permet de d’isoler son sujet tout en conservant son environnement identifiable à l’inverse d’un grand téléobjectif, type 600mm, qui transforme vite les zones floues en aplats de couleurs. Le rendu de ce 135mm F2 Zeiss est très agréable, les transitions flou - nette sont douces et progressives, les contours ne sont pas dédoublés.

Les points lumineux, comme les gouttes de rosées en contre-jour sur la photo de droite sont ronds au centre mais ovales dans les angles, signe d’un vignétage mécanique : les rayons lumineux sur les bords du champs sont bloqués, soit par les lamelles du diaphragmes soit par la taille de la lentille frontale. Artistiquement, cela peut être interessant, mais si cela ne vous plait pas, il faut choisir un autre modèle de 135mm.

Les trois photos ci-dessous sont prises à la pleine ouverture F2.

  • Prise de vue à contre-jour / Flare

La résistance aux reflets parasites lorsqu’une source lumineuse se trouve dans le champs est très bonne ! J’ai pu prendre quelques photos avec le soleil levant et couchant dans le cadre et ce sans problème de baisse contraste ou de tâche lumineuse colorée. Zeiss met en avant son traitement T*, apparement à raison.

Ci-dessous, 4 photos avec le soleil dans le champs à des ouvertures de diaphragme différentes. Le voile sur la photo de gauche est du à l’humidité de l’air ce jour la.

  • Aberrations chromatiques

Deux types d’aberrations chromatiques sont visibles : latérale et longitudinale. L’aberration chromatique latérale se produit dans le plan de netteté, dans les zones de forts contraste. Elle se traduit par des franges colorées, souvent vertes d’un coté et violette de l’autre. L’aberration chromatique longitudinale se voit dans les zones contrastées hors du plan nette. Si la première est bien corrigée par les logiciels de traitement photo, la seconde est plus difficile à éliminer, ses contours sont plus diffus.

Le Zeiss 135mm F2 APO est dit “apochromatique”, il comporte plusieurs lentilles en verres spéciaux qui limitent ce phénomène. Résultat : il n’y en a (presque) pas !

Voici quelques zooms sur les photos à fort contraste qui illustrent cet article. Ces photos sont brutes, sans traitement. Les aberrations chromatiques sont surtout visibles à pleine ouverture et disparaissent à partir de F2.8. Si l’aberration latérale est très faible et facilement corrigée, l’aberration longitudinale peut être visible, comme sur la photo de la toile d’araignée dans la rosée. Ce devrait aussi être le cas sur les photos d’objets en métal brillant par exemple.

Ces niveaux d’aberration chromatique sont très faibles. Elles sont visibles uniquement dans les photos avec des structures fines et très contrastées qui en favorisent l’apparition. A un niveau de contraste important mais plus faible, comme sur la photo d’étoile, l’aberration chromatique est quasi invisible. En comparaison, j’ai ajouté une photo prise avec le Zeiss 100mm F2 makro-planar, qui n’est pas apochromatique. La différence saute au yeux !

La performance de l’optique est donc très bonne, le qualificatif “apochromatique”, n’est pas un abus de langage commercial même si la correction n’est pas 100% parfaite. Sélectionner l’option “Supprimer l’aberration chromatique” sous Lightroom ou utiliser la pipette de correction permet de la corriger dans la plupart des cas.

  • Vignétage

Quelque soit l’objectif, la quantité de lumière reçu par le capteur est supérieur au centre que dans les coins de l’images. Avec les outils de correction embarqué dans les appareils et les logiciels de traitement, ce défaut est très facilement corrigé. Mais, éclaircir les coins peut rendre le bruit numérique plus visible, surtout sur les photos prisent en basse lumière, à haute sensibilité. Pour illustrer le phénomène, voici des photos d’un panneau lumineux, mise au point réglé à l’infini. J’ai mesuré la luminosité du centre et celles des coins à l’extrême bord de l’image.

F2 : À pleine ouverture, les coins extrêmement sont deux fois moins lumineux que le centre.

F2.8 : la différence de luminosité n’est plus que de 25%

F4 : Plus que 10% d’écart

F5.6 : Moins de 5% de différence, le vignétage à disparu.

F2 corrigé : avec le profil de correction appliqué sous Lightroom, la différence centre-coin est de 25%, le même score qu’à F2.8. Mais, malgré la même quantité de lumière reçu (1/3200 - F2 / 1/1600 - F2.8) la photo à F2 est moins lumineuse, il faut remonter l’exposition d’environ 0.3 IL pour égaler celle prise à F2.8.

Le Zeiss 135mm APO en photo nature

  • Proxy-photo et paysage

J’utilise ce petit téléobjectif lumineux avec plaisir pour photographier les grands insectes et les paysages. Son rapport de reproduction de 1/4 lui apporte beaucoup de polyvalence et permet de se passer d’un objectif macro (hors sortie photo spécifique). Je trouve la focale de 135mm bien adaptée au paysage, cadrant ni trop serré ni trop large, en tout cas pour photographier les paysages de montagnes. La très bonne netteté sur les bords permet d’assembler les photos ensembles pour faire des panoramiques. Je l’utilise avec un 50mm et d’un 28mm et l’ensemble est adapté à beaucoup de situations.

Le gros avantage, par rapport à un objectif macro de 100mm ou 150mm ouvrant à F2.8, est son ouverture de F2, permettant une profondeur de champs un peu plus faible et un flou plus harmonieux.

Par contre, avec sa mise au point manuelle, il ne sera pas adapté à la photo de sujet en mouvement. Pour la photo des deux libellules en vol ci-dessous, j’ai fait la mise sur la femelle lorsqu’elle était posée puis j’ai déclenché en rafale quand le mâle s’est approché pour espérer avoir une photo à peu près nette.

  • Astrophotographie

Je n’ai pour l’instant pu réaliser qu’une seule photo de ciel profond avec cet objectif. La focale de 135mm est bien adaptée pour cadrer de gros objets comme Rho Ophiuchi ci dessous ou la constellation du cygne. La longue course de la bague permet une mise au point très précise. L’objectif de ne se rétractant pas lorsqu’il est pointé vers le ciel, la mise au point ne change pas. Je vous conseille quand même de le sortir à l’extérieur au moins 30 minutes avant de commencer à photographier afin que l’objectif arrive à température ambiante. Cela évitera une contraction / dilatation du métal qui fait varier la mise au point en cours de séance (à vérifier quand même 1 fois par heure ou toutes les deux heures)

En revanche, l’objectif souffre d’une légère courbure du champs, invisible en photo terrestre mais bien visible en photo d’étoiles. Pour avoir le champs le plus homogène possible, il faut faire la mise au point au tier de l’image plutôt qu’au centre. Fermer d’un cran, de F2 à F2.8 permet de gagner un peu en netteté dans les coins et réduit le vignétage. Pour l’utiliser à F2, un capteur APS-C sera plus adapté. Utiliser seulement la partie centrale du cercle d’image, limitera la perte de qualité au bord de l’image. Sur un capteur 24 X 36, F2.8 ou F4 seront préférables pour obtenir des étoiles biens nettes dans les coins.

Cette photo est le résultat d’un empilement de 132 photos à F2.8, 1000 iso, 30 secondes. temps d’exposition total : 66 minutes.

Le poids du 135mm Zeiss et du nikon Z8 est de 2 kg. Vu le poids et la longueur focale, un contrepoids est nécessaire pour l’utiliser sur une monture équatoriale type Star Adventurer. Le 135mm n’étant pas équipé d’un collier de fixation, il faut utiliser une rotule photo pour pouvoir cadrer correctement.

Rho Ophiuchi depuis le col du Galibier. Zeiss 135mm F2 APO, F2.8, 1000 iso, 30 secondes. 1H06 de temps d’exposition total.

Conclusion

Voila un bel objectif délivrant des images de très grande qualité ! Un objectif fixe à grande ouverture est toujours un outils spécialisé, encore plus avec une mise au point manuelle. Ce n’est pas l’optique que j’utilise le plus mais, en photo rapprochée et à pleine ouverture, elle produit des flous et une séparation du sujet de l’arrière-plan, qu’il sera plus difficile d’obtenir avec un objectif macro moins lumineux. Sa très bonne résistance aux lumières de face permet de prendre des photos en contre-jours sans problème.

En astrophotographie, il sera très adapté à une petit monture équatoriale avec un contre-poids d’un 1kg. Fermer d’un cran ou un cran et demi le diaphragme permettra d’avoir les étoiles homogènes sur l’ensemble du champs et réduira le vignétage. Et, c’est bien sur un excellent objectif à portrait !

Reste le prix : environ 1 000€ sur le marché de l’occasion. C’est cher pour un objectif manuel surtout que des modèles très performants avec autofocus existent. Viltrox propose un 135mm F1,8 à 900€ en monture nikon Z, Samyang en monture Sony E et chez Sigma se trouve un 135mm F1.4 à 1 800€. Pour les reflex, le Sigma 135mm F1.8 se trouve entre 700 et 800€ d’occasion en monture Canon EF et Nikon F.

La concurrence est rude ! Le Zeiss 135mm F2 APO Sonnar à pour lui son excellente qualité de fabrication, tout en métal, sa bague de mise au point très douce et precise et la beauté générale de l’objet. Si vous souhaitez la meilleure mise au point manuelle possible sur un 135mm, ce Zeiss est fait pour vous ! Sinon, un modèle avec l’autofocus sera plus polyvalent :)

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Test du Nikon Z8 - bilan après 8 mois d’utilisation