Emergence

Photographions les larves et émergences de libellules. by Clément Blin

Si la larve n'est pas aussi photogénique que l'insecte adulte elle est intéressante par les comportements qu'elle peut avoir. Pour la photographier dans de bonnes conditions, il faut la sortir de son élément naturel à l'aide d'une épuisette et la placer dans un aquarium préparé à l'avance. L'eau sera ainsi bien plus claire que celle de la mare, le décor plus adapté à la photographie et la larve ne pourra pas s'enfuir. Des flashs électroniques seront nécessaires pour éclairer le sujet. Si la séance photographique est de courte durée, la larve sera remise à l'eau immédiatement après.

Larve d'anax empereur

Par contre pour capturer des comportements comme la détente du masque vers une proie ou la mue, la larve peut être conservée plusieurs jours en prenant garde à changer l'eau régulièrement et à nourrir la larve avec de petits invertébrés soit pêchés dans une mare soit achetés en animalerie (vers de vase). Personnellement, pour de grosses larves d'aeschne et d'anax, j'utilise les petits vers de terre du compost.

La proie sera lâchée dans l'eau, près de la larve. Si celle-ci a faim, elle se montrera tout de suite intéressée, s'approchera doucement et dépliera son masque qui ramènera la proie vers ses mandibules. La capture est très rapide et demandera sûrement plusieurs essais avant d'obtenir un résultat satisfaisant.

Au bout d'une période variant selon les espèces, la larve s'immobilise et entame sa mue. Ce processus est assez lent, mais n'intervient qu'une dizaine de fois dans la vie de la larve. Il faut donc la surveiller attentivement sous peine de devoir attendre au mieux une semaine, au pire plus d'un mois la mue suivante.

Larve d'anax dans un aquarium

Il est possible de conserver la larve jusqu'à l'émergence, c'est-à-dire, jusqu'à sa transformation en libellule adulte. Pendant la croissance de la larve, il est nécessaire de l'identifier et de se renseigner sur les conditions d'émergence de l'espèce. En effet, certaines auront besoin de parcourir une grande distance avant d'émerger, d'autres auront besoin d'un support horizontal, d'autres encore émergeront au milieu de la nuit.

Pour commencer, il est préférable de capturer une larve d'anisoptère au dernier stade, plus précisément, une larve d'aeshna cyanea, grande espèce très commune, très tolérante par rapport à la qualité de l'eau et résistant à la chaleur.

Les premiers signes de l'approche de l'émergence chez cette espèce seront l'augmentation de la surface des yeux. Ceux-ci vont progressivement augmenter en taille jusqu?à se joindre en une courte ligne. Ensuite la larve cessera de s'alimenter. Il faut alors la surveiller attentivement car l'émergence est très proche. D'une façon générale, elle intervient surtout la nuit ce qui permet à la libellule de s'envoler avec les premiers rayons du soleil.

La larve montera sur le support, branche ou tige végétale, que l'on aura placé dans l'aquarium à cet effet. Il va de soi que ce support doit dépasser de l'eau de plusieurs centimètres. Après quelques minutes d'immobilité, la peau de la larve se fendra à la base de la tête et la libellule adulte commencera à sortir. Elle se laissera pendre en arrière plusieurs minutes afin de laisser ses pattes puis se redressera et dégagera son abdomen de la dépouille larvaire. Ses ailes et son corps s'étendront sous l'action d'un fluide corporel, l'émolymphe. Arrivée à taille adulte, la libellule effectuera un premier vol, se posera, achèvera son séchage puis partira.

Emergence de l'anax empereur

La durée de l'émergence varie selon les espèces mais les deux que j'ai pu observer, chez cordulia aenea et anax imperator, ont durée environ 3 heures... il faut donc avoir du temps devant soi !

Vous pouvez voir la totalité de l'émergence de l'anax empereur ici !

 

 

Comment photographier les libellules : matériel et approche. by Clément Blin

Approche et matériel

En premier lieu, un minimum de connaissances sur ces insectes est nécessaire. Les libellules sont divisées en deux groupes. Les zygoptères comprennent les plus petites espèces, elles se reconnaissent par leur abdomen en forme d'allumette. Les anisoptères sont généralement plus grands. Une bonne façon de différencier les deux genres est d'observer la façon dont la libellule place ses ailes lorsqu'elle est posée. Si elle les regroupe verticalement au-dessus du thorax, il s'agit d'un zygoptère, si elle les garde écartées, à plat ou légèrement vers l'avant, c'est un anisoptère.

Aeschne bleue perchée dans un arbre

Agrion jouvencelle-zygoptère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quel que soit le groupe, la libellule est un insecte dépendant de l'eau. En effet c'est dans l'élément aquatique que la larve va vivre et se développer parfois durant 5 années, avant de se transformer en insecte adulte. Après l'émergence, l'insecte entame son existence aérienne durant laquelle il chassera d'autres insectes, se reproduira et défendra son territoire.

Les milieux fréquentés diffèrent selon les espèces. Certaines comme les caloptéryx ou les cordulégastres ne se rencontreront qu'à proximité d'un cours d'eau rapide. La présence de l'aeschne des joncs dépend justement de l'existence de joncs. L'agrion nain a une préférence pour les milieux temporaires...

Les occasions de rencontrer des libellules sont donc présentes à chaque fois qu'il y a de l'eau douce.

Dans un premier temps, le photographe à tout intérêt à se rendre au bord d'une mare ou d'un étang, en pleine saison, de début juin à fin août. Ce sont des milieux présentant une grande diversité d'espèces, le choix d'un sujet photographique sera très diversifié.

Le matériel

Avant de commencer notre ballade photographique, une rapide mise au point sur le matériel. En théorie, la photographie de libellule est possible avec n'importe quel type d'appareil photo, du compact pour les plans larges au moyen-format pour la prise de vue très haute résolution d'un insecte parfaitement immobile. Cependant, un reflex numérique ou argentique est préférable pour sa rapidité de mise en action, sa gamme optique permettant de passer du très grand angle au super-téléobjectif rapidement, sa prise en main qui limite les tremblements, son autofocus rapide...

Pour les libellules, n'importe quel reflex conviendra pourvu qu'il possède un bon viseur. Je n'utilise la rafale ou l'autofocus que dans des cas bien précis mais ceci concerne uniquement ma pratique personnelle. La partie la plus importante de l'équipement est à mon sens le ou les objectifs que l'on montera devant ce reflex ainsi que le trépied qui supportera l'ensemble du matériel.

L'objectif

L'objectif doit être un "macro" pouvant atteindre le rapport de reproduction 1/1 ( si votre libellule mesure 30mm de long, l'image d'elle formée sur le capteur mesurera également 30mm de long ) sans accessoire. C'est le cas de la majorité des objectifs macro présents sur le marché.

La focale de 90, 100 ou 105 mm selon les fabricants est un bon point de départ. Ni trop longue ni trop courte, elle offre une distance pare-soleil/sujet encore importante au rapport 1/1 et reste utilisable à mains levée. Le choix de la marque se fait en fonction du budget, les prix pouvant varier du simple au double entre un Sigma et un Canon, le second apportant un moteur autofocus plus rapide, silencieux, précis, la stabilisation, une qualité optique supérieure et le fameux liseré rouge des séries L. Il n'en reste pas moins que ces avantages techniques doivent être relativisés compte tenu du fait que l'on utilisera le plus souvent la mise au point manuelle et que l'on travaillera sur trépied dès que possible.

Le trépied

J'en viens donc au trépied, "accessoire" selon moi indispensable. En macro, il doit être léger, rapide à mettre en oeuvre et surtout pouvoir descendre très près du sol. Le poids de l'ensemble "reflex amateur + 105 mm" ne dépassant pas 2 kg, il n'est pas nécessaire de prendre un modèle pouvant en supporter 8 ! une capacité de 4 ou 5 suffira largement. En y ajoutant une rotule-ball de bonne qualité ainsi qu'un plateau rapide on aura un ensemble stable, rapide à mettre en place et efficace.

Avec cet équipement de base, nous pouvons maintenant partir à la chasse aux libellules !

Première approche

Première étape : la prospection de plusieurs sites susceptibles d'accueillir nos sujets. Un coup d'oeil sur une carte ign au 25000 ème permet de localiser les petites mares et cours d'eau à proximité du domicile. La carte permet aussi de se faire une idée du milieu : foret, champs, pré... et de l'altitude qui, nous le verrons, a son importance.

Une fois au bord de la mare ( un jour de beau temps de préférence ! ), un constat s'impose, les libellules sont partout ! En nombre plus ou moins important d'accord, mais elles se trouvent vraiment partout, en vol au dessus de l'eau, posées sur les plantes aquatiques, dans la végétation de la berge, sur les arbres... et surtout elles n'arrêtent pas de bouger !

C'est la première difficulté rencontrée par le photographe de libellule. Tant que la température reste au-dessus de 20°c et que les conditions climatiques sont clémentes ( pas ou peu de vent ni de nuages ), les libellules rechargées par les rayons du soleil resteront en mouvement et l'approche sera difficile.

Mais ce sont ces conditions qui permettront de photographier des comportements intéressants : accouplements, chasses, vols...

Par contre si nous voulons capturer un portrait en gros plan ou un plan large avec une belle lumière, il faut changer d'approche.

Les plus belles lumières, c'est connu, sont celles du matin et du soir. C'est donc à ces moment là que nous allons nous rendre au bord de la mare. Le repérage en pleine journée prend ici tout sont sens : le photographe sait à l'avance si cela vaut la peine de se lever avant le soleil ou pas ! Arrivé sur le terrain, deux constats : on n'y voit pas grand-chose, le soleil n'est pas encore levé mais surtout, aucune libellule ne vole. Posées pour la nuit, elles ne reprendront leurs activités qu'après le lever du jour, quand la température sera suffisante.

En attendant il faut les chercher dans les herbes autour de la mare, sur la végétation des berges, dans les roseaux et sur tout ce qui peut constituer un support.

Il peut aussi sembler que les libellules endormies sont moins nombreuses que pendant la journée. Certaines espèces comme les aeschnes passent la nuit dans les arbres, d'autre anisoptères s'éloigneront du plan d'eau. Mais il y a déjà de quoi s'occuper près de l'eau : portrait d'agrion, plan large de lestes dans les roseaux ou encore libellule déprimée aux ailes couvertes de gouttes de rosées.

Orthetrum réticulé les ailes couvertes de rosées.

L'émergence d'Anax Imperator, l'Anax empereur by Clément Blin

L'Anax empereur est la plus grande libellule d'Europe, elle peut dépasser les 10 cm d'envergure.

La larve de cette espèce est aussi la plus grande que l'on puisse trouver dans les mares et étangs. Elle passera deux années dans l'eau.

L'émergence se produit au printemps de la seconde année. La larve cesse de s'alimenter quelques jours avant et effectue plusieurs sorties hors de l'eau afin d'adapter son système respiratoire à l'air libre.

L'émergence se produit la nuit ou très tôt le matin, la libellule prenant son envol avec les premiers rayons du soleil. La série de photographies ci dessous a commencée à 1h30 du matin pour se terminer 3 heures plus tard.

Emergence de l'anax empereur en studio sur fond blanc