Photographier la reproduction des crapauds communs. / by Clément Blin

Début Mars, la température remonte, les arbres bourgeonnent, les perces-neige exhibent leurs premières clochettes blanches. A l'intérieur du sous-bois, enfouis sous les feuilles mortes et les souches, les amphibiens ont reçu le signal. Les grenouilles rousses seront les premières à rejoindre la mare pour se reproduire bientôt suivies par les crapauds et les tritons.

Portrait de crapaud commun La reproduction des crapauds communs est qualifiée d'explosive. Tous les individus d'un même secteur se retrouvent sur le même point d'eau pendant quelques jours puis repartent vers le sous-bois. A l'inverse, les crapauds calamites étalent leur reproduction sur plusieurs semaines.

La période favorable à la photographie ne dure donc, au maximum, qu'un dizaine de jours et se découpe en trois phases : l'arrivée des crapauds du sois-bois vers leurs site de reproduction, la reproduction et la ponte puis le retour des crapauds vers le sois-bois. La première et la seconde phase sont les plus intéressantes pour immortaliser ces amphibiens.

Crapaud commun à l'eau

L'arrivée des crapauds sur le site de ponte est progressive. Le premier jour, quelques mâles ouvrent la voie, se jettent à l'eau et se mettent à chanter pour attirer les femelles. Puis le gros de la troupe arrive.

Crapaud commun marchant vers l'étang

Les feuilles mortes craquent sous les pattes des dizaines de crapauds rejoignant le point d'eau, chaque mâle voulant atteindre la mare avant son voisin.

Les couples se forment parfois plusieurs dizaines de mètres avant le site de ponte. La femelle est rejointe par un mâle qui lui monte sur le dos et s'accroche à elle au niveau du thorax avec ses pattes avant dans une position appelée amplexus.

Couple de crapauds communs

Ainsi chargée, la femelle continuera son chemin et sera parfois interceptée par un voire deux ou trois autres mâles qui essayeront de s'accrocher à elle.

Le premier mâle, fermement agrippé, tentera de repousser ses concurrents à coups de pattes arrières et à grand renfort de cris. Il est ainsi possible de trouver des tas de crapauds à quelques mètres de l'eau, le poids des mâles empêchant la femelle d'avancer.

Une fois à l'eau, les femelles encore célibataires seront rapidement interceptées par les mâles. La fécondation se déroule en même temps que la ponte.

Couple de crapauds communs dans l'étang

La femelle déroule son cordon d'oeufs entre les plantes aquatiques que le mâle, toujours accroché à elle, féconde en envoyant sa semence dessus.

Pontes de crapauds communs

La ponte terminée, les crapauds mettront quelques heures, quelques jours à l'eau avant de retourner progressivement vers le sous-bois. Quelques semaines plus tard, les petits crapauds quitteront la mare et rejoindront leurs aînés parmis les feuilles mortes.

Jeune crapaud commun

D'un point de vue photographique, les meilleures périodes sont l'arrivée des crapauds sur le site de ponte et la phase aquatique avant la ponte.

Les crapauds mâles, totalement absorbés par leurs recherches de femelles ignorent complètement la présence du photographe. Tendez leur un doigt et certains mâles le serreront pendant quelques secondes comme ils le feraient avec une femelle !

Les possibilités de photographies sont alors infinies, le sujet ne s'enfuira jamais ou presque à l'approche de l'objectif et le photographe à toutes les clés en main pour réussir de bonnes images. Un point de vue bas permettra de mettre en valeur le crapaud, une faible profondeur de champ le détachera de son environnement et fera ressortir son bel oeil doré. A l'inverse, un plan large sur plusieurs individus montrera la frénésie qui s'est emparée du sous-bois.

Crapaud commun mâle posé sur une branche moussue

 

Au bord de l'eau, il sera possible de photographier les comportements aquatiques : mâles chantant dont seul les yeux dépassent la surface, couples nageant au milieu les plantes aquatiques, chapelets d'oeufs...

Couple de crapauds remontant le courant

La ponte terminée, la photographie devient plus difficile. Les crapauds retrouvent leur méfiance et fuient l'objectif. Pas très loin, mais suffisamment pour obliger le photographe à tenter une autre approche. Les individus encore à l'eau disparaitront sous la surface dès qu'un mouvement leur semblera suspect

Cette méfiance signe la fin de la reproduction des crapauds communs. Il sera bien sur toujours possible de photographier des individus isolés jusqu'à l'automne lors des journées pluvieuses mais ils ne se trouveront jamais en aussi grand nombre que lors de la reproduction

Alors, début du printemps prochain, rendez-vous au bord de la mare la plus proche et surveillez l'arrivée des crapauds communs !